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Écoconception dans la mode : décisions, arbitrages et nouvelles règles

Matières, fabrication, durabilité, allégations : ce que recouvre l'écoconception d'un vêtement, et ce que les règles de 2026 et 2027 changent pour les équipes.

Par Zoé V., Rédactrice Pragmalon

Publié le · mis à jour le · 4 min de lecture

« Démarche d'écoconception », « sensibilité aux enjeux de durabilité » : ces formules apparaissent dans de nombreuses offres de la mode et du luxe. Elles désignent en pratique des décisions différentes, prises par des personnes différentes, à des moments différents de la vie d'un produit. Savoir les distinguer est la première chose que l'on attend de quelqu'un qui emploie le mot.

Quatre moments où l'impact d'un vêtement se décide

  • La conception : le choix des matières et des composants (fils, boutons, doublures), mais aussi le nombre de matières différentes dans une même pièce, qui complique le recyclage
  • Le sourcing et la fabrication : le pays et les procédés de production, dont la teinture et l'ennoblissement, et la traçabilité des fournisseurs au-delà du premier rang
  • La durabilité : la solidité des coutures, la tenue des couleurs au lavage, la possibilité de réparer. Plus un vêtement est porté longtemps, plus l'impact de sa fabrication se répartit sur un grand nombre d'usages
  • La fin de vie : la collecte, le réemploi, le recyclage, qui dépendent en partie des choix faits dès la conception

Des arbitrages, pas une case à cocher

Aucune option n'est meilleure sur tous les critères. Un polyester recyclé réduit le recours à une matière vierge, mais un mélange coton-polyester se recycle plus difficilement qu'une matière unique. Un coton biologique demande une certification et coûte plus cher, ce qui peut obliger à revoir le prix de vente ou la marge. Un fournisseur plus proche raccourcit le transport, mais impose parfois des minimums de commande que la collection ne peut pas absorber.

Exemple fictif : une cheffe de produit doit remplacer la matière d'un pantalon vendu 120 €. L'option recyclée coûte 1,80 € de plus au mètre, pour 1,4 mètre par pièce, soit environ 2,50 € de coût de revient supplémentaire. Si la marque veut garder son taux de marge, le prix de vente augmente ; sinon, la marge baisse sur toute la série. La décision porte autant sur ce chiffre que sur la matière.

C'est ce type de raisonnement que l'on attend de quelqu'un qui parle d'écoconception : situer l'impact, chiffrer l'option, dire ce qu'on accepte de perdre.

Ce que les règles changent en 2026 et 2027

Sur les allégations environnementales d'abord. La directive européenne 2024/825 s'applique à partir du 27 septembre 2026. Elle interdit les allégations environnementales génériques, comme « écologique », « vert » ou « respectueux de l'environnement », lorsque la marque ne peut pas démontrer une excellente performance environnementale reconnue. Une étiquette ou une fiche produit qui disait « éco-responsable » doit désormais dire en quoi, et pouvoir le prouver. Pour les équipes marketing et produit, chaque formule se valide avant d'être publiée.

Sur l'affichage environnemental ensuite. En France, le décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025 fixe la méthode de calcul et de présentation du coût environnemental des vêtements. L'affichage reste volontaire, mais une marque qui s'y engage suit cette méthode, calculée avec l'outil public Ecobalyse. Le score couvre tout le cycle de vie : émissions de gaz à effet de serre, consommation d'eau et de ressources, pollutions, biodiversité et durabilité.

Sur la traçabilité enfin. Le règlement européen 2024/1781 sur l'écoconception, dit ESPR, prévoit un passeport numérique pour de nombreuses catégories de produits. Il ne s'applique pas encore aux textiles : il le deviendra après l'adoption d'un acte délégué propre au secteur, que la Commission européenne prévoit pour la seconde moitié de 2027, suivie d'une période de mise en conformité. Le contenu reste à fixer ; la Commission évoque l'origine, les matériaux, la réparabilité, la performance environnementale et le recyclage.

Cinq questions à poser sur un produit

Face à une pièce, une fiche technique ou une allégation, ces questions font passer du mot à la décision :

  • Où se situe l'essentiel de l'impact de ce produit : la matière, la teinture, le transport, l'entretien ?
  • Quelle alternative existe, et que coûte-t-elle en prix de revient, en délai et en minimum de commande ?
  • Le produit durera-t-il plus longtemps, et comment le vérifier : quel test, quelle garantie, quelle réparation ?
  • Peut-on retracer l'origine des matières au-delà du premier fournisseur, et avec quels documents ?
  • Ce que la marque veut dire au client est-il précis, vérifiable et conforme aux règles sur les allégations ?

Qui porte ces décisions dans une marque

  • Le chef de produit et le styliste choisissent matières et construction, dans les limites d'un prix de vente et d'une marge
  • L'acheteur ou le responsable sourcing négocie avec les fournisseurs et rassemble les informations de traçabilité
  • Le responsable qualité définit les tests de durabilité et contrôle les livraisons
  • Le responsable RSE mesure l'impact, suit la réglementation et valide les allégations avec le service juridique
  • Le marketing formule ce qui peut être dit au client, dans ce cadre

Parler d'écoconception de façon crédible, en candidature comme en poste, consiste à situer son rôle dans cette chaîne : quelles décisions on prend, avec quelles données, et sous quelle règle.

Sources